Pourquoi l'attachement peut nous obliger à nous quitter nous-mêmes et pourquoi revenir à soi rend la séparation possible ?
On peut avoir compris qu'un parent est destructeur et ne pas parvenir à s'en séparer, parce que ce qui maintient le lien et l'attachement envers lui. Cette relation de domination recourt à la violence et à la manipulation pour installer et consolider l'emprise.
Il est important de s'interroger sur ce que ce lien a organisé en vous depuis l'enfance ? L'enfant est biologiquement dépendant de son parent. Si ce parent déclenche peur, honte, tristesse, culpabilité, insécurité, sentiment de solitude, d'envahissement et d'impuissance, de façon répétée une contradiction s'installe : L'enfant veut aller vers son parent et en même temps, il désire s'en éloigner.
Il développe un style d'attachement désorganisé. Il se dissocie, se coupe de ses émotions pour survivre à cette souffrance insupportable. ou bien, il est submergé par des émotions très intenses. C'est ce que l'on observe dans le contrôle coercitif d'un parent pervers narcissique. De plus, ce parent se victimise, inverse les rôles. Il joue la carte de la fragilité à certains moments, de façon stratégique pour renforcer son emprise. L'enfant se sent responsable et coupable s'il se protège, comme s'il devenait celui qui fait mal. C'est une version des places où il ne peut plus exister en tant qu'enfant, être vu dans ce qu'il ressent et ce dont il a besoin.
Les choix deviennent impossibles. S'il reste en lien, il se perd, mais s'il s'en différencie, il a l'impression qu'il détruit son parent. C'est la raison pour laquelle à l'âge adulte, il peut accepter la place assignée de bâton de vieillesse.
Une autre raison, c'est la difficulté à faire le deuil d'un parent sécurisant espéré. L'espérance de vivre un jour un attachement sécurisant, de recevoir l'amour, la reconnaissance, le soutien et le réconfort maintient dans l'emprise. Mais, en grandissant dans l'ombre de ce parent aux violences psychologiques, verbales et parfois physiques, il peut croire que l'inacceptable est normal.
Couper le contact sans ressentir l'impact de la violence à l'âge adulte n'est pas nécessairement évident. La dissociation est souvent un moyen de se protéger quand on a souffert de l'emprise étant enfant, car celle-ci crée des traumatismes complexes. Mais, elle ne permet pas de percevoir ensuite le danger. Ou bien, la personne perçoit un danger quand il n'y en a pas, car son système nerveux est dérégulé. La reconnexion au corps, la régulation du système nerveux grâce aux ressources de sécurité aide la victime à ressentir petit à petit les sensations, les émotions et les besoins afin de pouvoir mettre une limite et prendre distance. le coaching avec la théorie polyvagale peut vous donner un accompagnement pour y arriver.
pourrait se résumer ainsi : Mon parent souffre. Je le sens. Je dois l'aider. Je reviens vers lui. Il me dévalorise encore une fois. Je souffre. Je me coupe de la souffrance. Je ressens à nouveau la souffrance de mon parent. Je reste.
La véritable sortie d'emprise est de créer un espace intérieur suffisamment habitable pour que le signal des émotions permette d'identifier le besoin à satisfaire et la limite qui oriente vers une différenciation dans la relation. Un choix personnel devient possible. Par exemple, le parent peut reprocher d'être ingrat, égoïste. La reconnexion à soi, à son corps, à son ressenti permet de sentir que quelque chose ne va pas dans la relation.La colère face au dénigrement renvoie au besoin de respect. Plutôt que de se demander ce qui ne va pas en soi et perdre progressivement son propre point de vue, la victime peut sentir sa colère, ce qui ne lui convient pas. Elle peut rester présente à cette émotion en dosant son intensité et sa réponse. Par exemple, l'ancrage dans le corps, l'exercice de repousser un mur, l'écriture d'une lettre sont des moyens de fluidifier cette énergie pour ne pas la rendre explosive. Au lieu de passer trois jours à se demander "Est-ce que je suis vraiment égoïste ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Peut-être que mon parent a raison ? Peut-être que je devrais davantage m'occuper de lui ?", la victime peut se poser la question "Quand il me dit cela, qu'est-ce que ça me fait ?".
Cependant, la colère rentre en conflit avec son système d'attachement. Elle doit quand même y aller. Elle peut choisir d'observer ce qu'elle ressent avant, pendant et après la rencontre, en restant présente à elle-même, à l'autre afin d'en tirer des conclusions.
Progressivement, elle découvre par elle-même si elle veut partir, créer plus de distance et comment. Cette prise de distance est d'abord intérieure : "non, sa volonté, sa pensée n'est pas la mienne". Une différenciation est possible grâce à la présence à ses émotions. Souvent, les enfants victimes de parent pervers narcissiques confondent colère et violence. Ils redoutent la colère par peur des représailles. Mais, avec l'observation et les ressources acquises à l'âge adulte, elle peut se sécuriser. Cela peut être la validation par un ami de sa pensée ou de son ressenti, par exemple. Elle peut choisir de mettre de la distance librement ou de couper le lien. Elle a retrouvé sa souveraineté.
Si ce sujet vous interpelle, vous pouvez lire "Faire face aux pervers narcissiques", éd. Ellipses, le dernier livre de Christine Calonne, psychologue. Elle et son équipe peuvent vous accompagner dans ce processus de différenciation à Namur, Liège ou en visioconférence. Vous pouvez la contacter par téléphone+32 42 90 58 14 ou sur son formulaire contact.