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Pourquoi la victime d'un pervers narcissique reste-t-elle sous emprise si longtemps ? Comment mieux la comprendre pour mieux l'aider ?

Le 24 octobre 2017
Pourquoi la victime d'un pervers narcissique  reste-t-elle sous emprise  si longtemps ?  Comment mieux la comprendre pour mieux l'aider ?
Cet article vise à éclairer l'entourage pour mieux comprendre pourquoi la victime reste parfois si longtemps sous l'emprise d'un pervers narcissique afin de l'aider davantage.

1. Quelle est la réaction de l'entourage :

J'entends souvent l'entourage de la victime d'un pervers narcissique, que ce soit sur le plan familial, professionnel, amoureux, manifester de l'incompréhension ou des jugements, des critiques destructrices à l'égard de celle-ci ou prendre de la distance, voire couper les ponts. Comment comprendre cette attitude si fréquente ? L'entourage a la distance affective, le jugement critique, la capacité d'être soi, de s'affirmer, la capacité à dire non et à poser ses limites que la victime n'a plus.  Les personnes qui jugent éprouvent souvent inconsciemment une peur de ressentir de l'empathie, de s'identifier à la victime et d'éprouver l'horreur de ce qu'elle vit. Ces personnes interprètent l'absence de réaction, de protection de soi de la victime sous emprise comme une absence de "courage", de "volonté", "du masochisme", une "complicité", une "réaction facile", "une fragilité qui les empêchera de s'en sortir", "un manque d'intelligence",... Ou bien, l'entourage est pris par empathie ou hypersensibilité et éprouve la stupeur, la terreur, l'inertie, le sentiment d'impuissance, le stress chronique, voire la dépression que vit la victime sous emprise. Parfois, cet entourage voudrait intervenir en éprouvant de la révolte, de la colère, voire de la haine s'il perçoit l'ampleur de la malveillance cachée, des comportements destructeurs et manipulateurs, trompeurs du pervers narcissique. Cela peut aller de la critique ouverte du pervers narcissique, à des comportements autoritaires envers la victime qui ne font qu'amplifier "l'état de choc", "la passivité" de la victime. Cela n'aide pas, au contraire. Une autre réaction de l'entourage est celle de se laisser séduire et manipuler par le pervers narcissique qui tente de monter l'entourage contre sa proie afin de l'isoler pour mieux la détruire ou l'exploiter. Au pire, si la famille, le milieu professionnel a aussi un fonctionnement pervers narcissique, le système va donner à la victime le rôle de symptôme du dysfonctionnement global, bouc émissaire, ...

2. Quelle est la réaction de la victime ?

La victime d'un pervers narcissique, dans les premiers temps de la relation, tombe sous le charme du pervers narcissique, charme qui n'est que manipulation, dans le sens où celui-ci séduit sa proie non par "amour", "gentillesse", "sympathie", mais avec l'objectif de la faire tomber dans ses filets, la mettre sous emprise, mieux l'exploiter et la détruire à petit feu. Une fois la phase de la séduction narcissique passée, l'agresseur montre son vrai visage et détruit la victime progressivement par des agressions verbales, non verbales, physiques parfois. La victime reste aveuglée par l'effet "hypnotique" de la phase de séduction, car cet effet persiste dans la deuxième phase, l'emprise, sous la forme de comportements manipulateurs extrêmement sournois, alternant avec les comportements destructeurs, ce que l'on appelle souffler le chaud et le froid. Ces comportements manipulateurs sont nombreux. Le plus sournois est le langage paradoxal omniprésent dans la relation d'emprise. Ce langage paradoxal est aussi bien verbal que non verbal. Le paradoxe peut être présent dans le discours entre deux énoncés. Par exemple, une patiente me dit que son amant pervers narcissique a rompu, mais ils maintiennent une relation par moments où il lui dit qu'il ne veut plus la voir :"Pourquoi veux-tu que l'on souffre à deux ? Notre relation ne peut pas marcher. Je dois me protéger de toi. Tu m'as déjà quitté deux fois. Tu n'es pas digne de confiance". Ensuite, il termine en disant : "Je sais qu'un jour on se retrouvera". On observe dans ce discours la position de victime, la projection et le langage paradoxal : "Je veux rompre, car tu es toxique/On se reverra". La patiente sort de cette discussion confuse, n'arrive plus à penser, perd son esprit critique, ne sait plus ce qu'elle doit faire, dire, ressentir. L'objectif du pervers narcissique est atteint : Elle reste sous emprise malgré la rupture, car il lui fait perdre son identité par ce langage paradoxal. Le langage paradoxal peut aussi s'exprimer dans la discordance entre le langage verbal et non verbal : "Tu es un homme merveilleux !" dit sur un ton ou avec une moue de mépris. Le pervers narcissique dit à la victime qu'elle est la femme de sa vie, qu'elle est une femme spéciale, supérieure aux autres, la plus belle, ou fait un magnifique voyage avec elle. Mais, dans les faits, dans le quotidien, il ne s'engage pas, ne la contacte qu'occasionnellement, refuse le dialogue, la trompe, lui ment sans arrêt (non dits ou mensonges verbaux), n'exprime aucune tendresse, évite l'intimité, lui montre du mépris, l'humilie, la culpabilise, ...

A côté du langage paradoxal, le pervers narcissique manipule sa proie en paraissant "gentil", "sympathique", "ouvert à la discussion", "protecteur", "serviable" avec l'entourage, en public, en famille, ... La victime qui vit la relation avec authenticité, avec sensibilité, humaine, ne comprend pas pourquoi en privé le pervers narcissique est avec elle si "méchant", "froid", "égocentrique", fermé au dialogue, ... Elle ne comprend pas que le fonctionnement de celui-ci n'est que pur calcul, stratégie, manipulation, que sa vie entière n'est qu'un jeu d'échec où il utilise les autres comme des pions, pour obtenir le pouvoir, détruire tout ce qui fait obstacle à sa toute puissance, monter les gens les uns contre les autres pour mieux régner, ... Ce fonctionnement est tellement inhumain, le monde intérieur du pervers narcissique est tellement vide, mort, son intention est tellement malveillante, machiavélique, sa capacité à désirer et à arriver à tuer psychiquement voire réellement l'autre est tellement immense, que la victime reste aveugle et sous son emprise. Elle s'étonne que cela soit de la "fausse gentillesse", de la "fausse protection", ... Elle n'y croit pas tant le pervers narcissique peut montrer deux visages opposés, et changer de visage en une seconde.

La victime le comprend d'autant moins si elle a déjà vécu cela dans son enfance, car un enfant maltraité physiquement ou moralement, et c'est bien de maltraitance qu'il s'agit dans la relation avec un pervers narcissique, pense la plupart du temps que son parent l'aime, veut son bien, et que s'il vit cela, c'est qu'il l'a mérité, qu'il est coupable, et que le comportement de son parent est "normal" puisqu'il n'a connu que cela. C'est d'autant plus vrai, dans le cas du vécu d'un enfant de pervers narcissique, car ce type de parent isole son enfant pour mieux endoctriner celui-ci : Refuser que d'autres enfants viennent à la maison, refuser des loisirs à l'enfant, ne pas inviter la famille, monter les enfants les uns contre les autres, vivre dans un endroit difficilement accessible, maltraiter l'autre parent, interdire des relations avec des personnes qui voient clair dans son jeu, ... 

La manipulation du pervers narcissique se traduit dans l'emprise également, en plus des comportements paradoxaux, par une forme non dite de chantage. Cela aveugle la victime : Par exemple, offrir une protection matérielle, offrir de l'argent, payer des études à la fille/au fils de son épouse/époux, à son enfant adopté, pour mieux lui imposer l'inceste, l'abus sexuel ou narcissique. Sur le plan psychologique, cela peut se traduire par l'offre d'une écoute feinte quand l'enfant ou le partenaire est en détresse afin de faire croire à une relation authentique, secourable, pleine de compassion, alors qu'il n'en est rien. Cela se perçoit par la rigidité et l'absence d'affects. Ou bien, les affects sont mimés, car le pervers narcissique est un excellent comédien.

La manipulation peut aussi être très puissante par la position de victime du pervers narcissique : Il raconte à sa future proie ou à sa proie tous ses traumatismes d'enfant, ou les malheurs de sa vie. Mais, ce n'est que stratégie. Même si c'est vrai, et souvent l'enfance du pervers narcissique a été marquée par la maltraitance, l'abus narcissique ou l'abus sexuel, le fonctionnement de celui-ci à l'âge adulte est déconnecté de toute souffrance réelle. Il refuse de souffrir, d'éprouver des émotions réelles, de vivre des relations authentiques pour garder le pouvoir.

Toutes ces stratégies perverses et narcissiques expliquent pourquoi la victime se laisse si facilement manipuler, car une fois sous emprise, elle perd de plus en plus son esprit critique, son identité, se déconnecte de ses émotions pour survivre, perd toute confiance en elle, toute estime d'elle, culpabilise à l'excès tant elle est culpabilisée, trompée, maltraitée, en état de choc, figée, pourquoi elle excuse son agresseur et le protège (Syndrome de Stockholm).

Comment différencier la victime d'un "complice" qui se "complait", jouit de son malheur, n'a pas de "volonté" de changer ?

"La proie d’un pervers narcissique est séduite au départ de la rencontre et n’est pas consciente de la manipulation affective, mentale qu’elle est en train de subir. Elle n’est pas coupable du fait d’avoir été naïve, bienveillante, confiante, amoureuse, d’être tombée dans un piège impensable pour des personnes qui ne sont pas perverses, informées sur le sujet ou psychologues.
La personnalité perverse masochiste jouit des agressions qu’elle subit et alimente par son agressivité les disputes, les occasions de vivre la violence perverse, ses tourments, ses crises, ses tensions… Elle se nourrit et se plaint de toutes les circonstances négatives de sa vie, de toutes les relations difficiles, de tous ses échecs, prouvant comme le pervers narcissique à quel point le monde est mauvais, malveillant, à quel point on doit subir cette vie sans pouvoir rien y faire, si ce n’est de se plaindre inlassablement et avec une certaine jouissance. Les couples pervers sont décrits par Hurni et Stoll comme des couples porteurs dans leurs attitudes de messages paradoxaux, savourant le goût du risque avec une indifférence provocante pour le fait d’être mort ou vivant. Ils manifestent une anesthésie corporelle et affective, une insensibilité et une absence d’empathie l’un pour l’autre. Le couple crée une communication crue, évoque la réciprocité de la manipulation, dans le sadisme, ce qui alimente chez l’un comme chez l’autre cette part de soi non acceptée. la tension nécessaire à leur survie, puisqu’ils n’ont pas trouvé d’autre façon d’exister ensemble de part leur histoire individuelle. Le dialogue est impossible, car c’est la domination et la destruction de l’autre qui est au cœur de la relation. Le contrat inconscient du couple vise la transgression de la loi. L’argent y a la première importance. Les partenaires s’amusent à montrer l’aspect interchangeable de chacun, l’autre étant considéré comme un objet. Le couple fait une démonstration de la haine de l’amour, où le mépris, la jouissance à faire peur, entretiennent des micro-violences continues. Leur pensée est stratégique, anti-vie. La pulsion de mort La violence psychologique et/ou physique, la manipulation du couple manifeste dans la relation entre eux s’exprime vis-à-vis de tout l’entourage (enfants, amis, collègues…).
Mais, la victime d’un pervers narcissique ne souhaite pas être dominée ou dominer. Elle est d’ailleurs souvent, au départ, pleine de joie de vivre, éprouvant du plaisir à aimer, à échanger, à créer. C’est cela qui attire son bourreau. Quand la victime prend conscience qu’elle est une proie et qu’elle sort de l’emprise, elle retrouve son goût pour la vie, sa créativité, et souhaite s’en sortir. Elle reste parfois longtemps sous la domination de son agresseur, car elle ne comprend pas, étant confuse, dans le doute. Elle croit en l’évolution de son bourreau. Elle croit pouvoir le combler et guérir ses blessures. Quand elle a compris la manipulation, les agressions sournoises ou directes, qu’il n’y a aucun espoir de changement et qu’elle est la cible d’un pervers narcissique, elle se décide petit à petit à élaborer un plan de fuite. Une fois libérée de l’emprise, elle est soulagée. Elle ne veut plus jamais souffrir dans de telles conditions". (extrait du livre "Les pervers narcissiques,1OO questions/réponses", Ch.Calonne, éd. Ellipses 2016).


3. Comment réagir pour aider la victime  ?

Eviter de juger est la première chose à éviter. Quand on ne comprend pas, on s'informe et on essaye de comprendre, que ce soit par des lectures, des conférences, des vidéos sur youtube, un entretien avec un psychologue spécialisé dans le domaine, ... Eviter d'intervenir de façon intrusive et autoritaire est essentiel pour ne pas renforcer la passivité de la victime, sous état de choc figé, sa dépression et répéter à une échelle moindre le comportement de son agresseur. Se mettre à l'écoute de ses émotions face aux comportements de la victime et du pervers narcissique aide à décoder et identifier l'emprise, car le pervers narcissique projette en l'autre ce qu'il refuse de ressentir. On peut aider la victime à retrouver son esprit critique, du recul. On peut manifester de l'observation bienveillante, une écoute empathique, du soutien, de la valorisation, des encouragements. On peut donner des informations, rappeler les valeurs essentielles, la différence entre le bien et le mal, souligner les comportements inacceptables, ne pas dire le diagnostic ou critiquer l'agresseur dans sa personne pour ne pas encourager la victime à protéger le pervers narcissique (syndrome de Stockholm) ...

Pour aller plus loin, je vous conseille de lire mon livre "Les pervers narcissiques, 100 questions/réponses" (éd. Ellipses, 2016) et "Les violences du pouvoir" (éd. L'Harmattan, 2005). 

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