Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Qu'est-ce que la violence conjugale et familiale ? En quoi ce repérage aide-t-il à se libérer ?

Qu'est-ce que la violence conjugale et familiale ? En quoi ce repérage aide-t-il à se libérer ?

Le 03 juin 2018
Qu'est-ce que la violence conjugale et familiale ? En quoi ce repérage aide-t-il à se libérer ?
Repérer la violence familiale et conjugale est accessible à la victime qui découvre les différents types de violence. Elle peut acquérir la capacité d'être elle-même et de se libérer de l'emprise si elle retrouve la perception de ce qu'elle vit.

A. Qu'est-ce que la violence ?

Souvent, les patients qui me parlent de leurs difficultés familiales ou conjugales ne perçoivent pas la violence. Ils considèrent souvent que la violence est physique.

Il y a d'autres formes de violence que la violence physique. La violence n'est pas toujours identifiée, car les victimes confondent celle-ci avec un conflit. Dans un conflit, les deux personnes s'écoutent et se respectent dans leur différence. Chacun peut exprimer ses émotions, ses besoins et ses désirs. Les deux partenaires recherchent une solution au conflit. Cette solution est obtenue par la négociation et l'obtention d'un compromis satisfaisant pour les deux. Le but du conflit est le rapprochement entre les deux personnes et non la jouissance des disputes.

La violence est une atteinte à l'intégrité de la victime. Elle est de nature "abusive", car il s'agit "d'agir sur quelqu'un ou de le faire agir contre sa volonté, en employant la force ou l'intimidation" (Petit Robert). Cette définition est à l'opposé de la définition du conflit.

L'abus est une effraction dans le psychisme ou dans le corps de l'autre (abus émotionnel, narcissique ou sexuel). C'est un non-respect de son identité. L'agresseur ne respecte pas les émotions, les besoins et les désirs de l'autre. Il ne respecte pas la différence. Le but de cette effraction n'est pas le rapprochement, mais la manipulation ou la destruction de l'identité de l'autre. La violence éloigne les personnes et ne permet pas de construire un lien d'amour. La violence chosifie la victime, utilisée comme un objet. L'amour est le respect de la liberté de l'autre (liberté de penser, de ressentir, de désirer), si elle ne porte pas atteinte à celle de l'autre. Dans la violence, il n'y a pas d'amour.

La définition des violences peut varier d'une culture à l'autre. La société ne reconnaît pas toujours toutes les formes de violence.

B. Quels sont les différents types de violence ?

Dans la violence familiale ou conjugale, on peut reconnaître la violence psychologique, verbale, économique, sexuelle, physique.

1) La violence psychologique :

Elle se traduit par un isolement progressif de la victime. Dans la violence conjugale, l'agresseur tente d’isoler la victime de sa famille, de ses amis, de ses enfants afin d’exercer son emprise sur elle. Il tente de monter la victime contre son entourage afin de pouvoir la dominer, puis l'exploiter. La séduction de celle-ci par la flatterie, les promesses d'un avenir merveilleux, des cadeaux excessifs, l'offre de protection, l'intimidation grâce à des attributs de pouvoir permet à l'agresseur d'amener la victime à se soumettre. Un fois sous emprise, la victime accepte la violence psychologique, parce qu'elle ne la reconnaît pas. Dans la violence familiale, le parent agresseur isole l'enfant et le manipule de la même façon. Les enfants victimes ne peuvent douter de leur parent et croient que le comportement du parent est normal, bienveillant. C'est une question de survie, car ils sont totalement dépendants de leurs parents. Ils ressentent l'agression, mais ils refoulent leur colère pour supporter la relation. Ils nient ce qu'ils ont ressenti. Ce refoulement transforme la colère en culpabilité. L'enfant victime perd ses capacités à percevoir les agressions en se coupant de ses sensations et de ses émotions. Il s'adapte au parent et une fois adulte, il continue à s'adapter, à s'oublier et à ne pas tenir compte de ce qu'il ressent. Il devient trop altruiste, trop empathique. Ou bien, il adopte un comportement de sauveur. Il veut aider les autres sans même qu'on lui ait demandé, car il a besoin de restaurer son estime de lui, abîmée par la violence familiale.

S'il s'agit de violence conjugale, la victime peut avoir vécu dans son passé des traumatismes qui l'ont amenée à se couper de son ressenti face au choc émotionnel du trauma. Le trauma est une menace de mort imminente (accident, agression physique ou psychologique, attentat, situation de guerre, catastrophe naturelle, ...etc). Elle sidère, paralyse les capacités de la victime à fuir ou à combattre. La personne se dissocie d'elle-même face à ce vécu insupportable. La personne traumatisée n'a pas été écoutée et accueillie dans ses émotions lors du trauma de sorte qu'elle s'est coupée d'elle-même, comme un observateur regardant de haut le paysage. Elle ne perçoit plus les agressions, parce qu'elle est coupée de son ressenti. Le trauma devient traumatisme.

Dans les deux cas, la victime s'adapte à l'agresseur, tente de le comprendre ou de l'apaiser quand celui-ci commence à exercer de la violence psychologique.

Cette violence psychologique se traduit par une dévalorisation de son physique, de son intelligence, de sa sensibilité, de son éducation, de sa culture, de son sexe jusqu’à la persuader qu’elle est nulle, incapable, bête, ...etc. L'agresseur peut la comparer à d’autres pour l’humilier, même publiquement. Il contrôle son comportement afin d'exercer son emprise dans tous les domaines de la relation (les vacances, le choix de la maison, du décor, le choix du nombre d'enfants, les loisirs, le choix des études, des amis, ...etc). Il exige d’elle qu’elle travaille ou agisse même si elle est malade. Il la dévalorise si elle souffre physiquement ou psychologiquement. Il manifeste des résistances à  la soigner ou à payer les soins. Il peut la tromper, même devant elle. La jalousie pathologique est de la violence psychologique. C'est un refus de l'autonomie de la victime. Elle n'est pas libre de rencontrer autrui comme elle veut et de parler avec les personnes qu'elle souhaite. L'abuseur veut posséder la victime comme un bien et exige sa présence continuelle pour la contrôler. Dans le cas contraire, il la harcèle.

2) La violence verbale :

La dévalorisation s’exprime par des phrases telles que « Tu es nulle, bête, laid, incapable », ou encore « Tu n’arriveras à rien ! Ce n'est même pas la peine d'essayer».

La culpabilisation se manifeste pas de phrases comme « Tu me dois bien ça ! Après tout ce que j’ai fait pour toi, tu dois faire ce que je veux ! Je me suis sacrifié pour toi ! A cause de toi, j’ai raté ma carrière, ma vie ». 

Les insultes, les mots identifiant la victime à une chose, les accusations, les reproches, la critique de la personne, le chantage, les menaces sont de la violence verbale. Ex. « Tu cherches quoi, là ? » est une menace déguisée.

3) La violence économique : 

En isolant la victime, l'agresseur peut la priver de ses ressources en l'obligeant à abandonner son travail ou des sources de revenus. Il veut la contraindre à quémander pour l’humilier. Il peut interdire l’accès à son compte, l'usage de cartes bancaires ou contrôler ses extraits. Il décide de ce qui est bien pour elle comme achat, comme biens.


4) La violence physique

Elle peut être légère, comme serrer les poignets ou les bras, pousser contre le mur, gifler. Elle peut être plus intense, comme étrangler, donner un coup, étouffer, menacer avec une arme, forcer à consommer de l’alcool ou de la drogue, …etc. Claquer les portes, jeter des objets, rouler trop vite et prendre des risques avec la victime est une violence physique.


5) La violence sexuelle :

La violence sexuelle est un acte violent de nature sexuelle, sans pénétration, car il se fait par la force, par la menace ou par surprise (ex. caresses et attouchements). 

Le viol conjugal est un acte où la victime est forcée d’avoir une relation sexuelle sans en avoir envie, sans consentement, par pénétration (buccal, vaginal, anal, par le doigt ou par un objet). C'est de la violence. L'inceste est une violence sexuelle, car le parent abuseur domine l'enfant par son statut de parent. Il peut lui fait croire qu'il l'initie, ou que l'enfant l'a provoqué, ou bien que c'est pour son bien, s'il le manipule psychologiquement. Dans tous ces cas, c'est le parent qui est responsable.

Si la relation sexuelle est imposée par la menace ou par surprise, on peut également parler de viol. Si elle est imposée après de la violence verbale ou psychologique, il s'agit aussi de violence sexuelle.

C. Pourquoi le repérage des violences conjugales et familiales permet-il de se libérer ?

Découvrir les différents types de violence permet à la victime de prendre conscience qu'elle est dissociée d'elle-même. Il est important qu'elle se fasse aider pour se reconnecter à elle-même. Elle peut sortir du déni et de la culpabilité excessive qui caractérise le comportement des victimes. Elle peut avec l'empathie d'une personne ressource retrouver l'empathie pour elle-même et accueillir son ressenti sans jugement. Se relier à son corps, à ses sensations et à ses émotions peut l'aider à identifier enfin ses besoins niés par son agresseur. La victime est particulièrement frustrée dans son besoin d'être libre, en sécurité, respectée, reconnue et aimée. Ceci peut l'aider à prendre conscience qu'aucune négociation n'est possible et que l'agresseur refuse de lui accorder le droit d'être libre, d'être elle-même. Le rapprochement et le conflit constructif n'est pas accessible à un auteur de violences familiales et conjugales, car il est dans le déni. Il refuse de se remettre en question pour garder l'emprise sur la victime. L'énergie libérée par la reconnexion à son ressenti peut donner à la victime la force de sortir du piège de l'emprise, de prendre du recul et de retrouver l'esprit critique.

C'est l'esprit critique qui a été éteint chez la victime ainsi que l'estime de soi, à force d'être niée et humiliée. la reconnaissance des violences familiales et conjugales contribue à restaurer l'esprit critique et l'estime de soi. La sortie de l'emprise devient possible. La victime peut retrouver sa liberté.

c