Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Passer d'une culture du narcissisme à une culture de l'empathie : une utopie vitale

Passer d'une culture du narcissisme à une culture de l'empathie : une utopie vitale

Le 08 juillet 2018
Passer d'une culture du narcissisme à une culture de l'empathie : une utopie vitale
Comment passer d'une culture du narcissisme, destructrice, à une culture de l'empathie respectueuse, protectrice de la vie en nous et autour de nous ? Recréer du lien est un enjeu vital pour l'humanité. Je présente les 10 caractéristiques de chacune.

A. Une culture narcissique :

Nous vivons au sein d'une culture narcissique, machiste et phallocrate. Elle se caractérise par les 10 points suivants :

1) un individualisme exacerbé :

Cette société favorise une attitude individualiste, égocentrique, c'est à dire une attitude immature, infantile refusant la frustration, le manque inhérent à la condition humaine. L'individu narcissique doit avoir tout, tout de suite et n'est soucieux que de la satisfaction immédiate, de ses intérêts propres. Cette attitude infantile s'accompagne du refus de vieillir, d'être souffrant, malade et de mourir. Elle encourage une attitude de consommateur, sans limites, grâce à la loi du marché. Cette loi ne reconnaît que la valeur de l'argent, du prestige et de la réussite sociale (prédominance du stade anal et phallique du développement). Ce sont les rejetons d'une société patriarcale en déclin basée sur le culte de la domination. Cette réussite y est obtenue par une compétition cruelle, à tout prix : écraser les autres pour réussir financièrement et socialement. La valeur de quelqu'un y est établie sur le Dollar. Le nouveau Narcisse est obsédé par le désir de reconnaissance de son ego surdimensionné grâce à cette compétition où il doit être le meilleur, être fort, dur, invulnérable et insensible. Constamment insatisfait, il vit dans un stress permanent, celui de perdre ses acquis ou d'en obtenir plus. Cette insatisfaction, ce stress l'empêche d'être heureux, d'intérioriser les moments heureux de sa vie (les souvenirs des liens d'amour et de tendresse), ou d'établir ce genre de lien. Il est en état de survie, dans un état de guerre permanente, de combat pour survivre. Le passé et l'avenir ne l'intéressent pas, car son avidité dans le présent le dirige et le frustre sans fin. Derrière son apparente coopération et son souci des règlements, il n'est motivé que par son avidité, son désir de pouvoir, son désir d'admiration et de reconnaissance illimité. Il applique les règles aux autres, mais pas à lui-même. Des comportements pervers (violence physique, psychologique, verbale, économique, sexuelle) accompagnent inévitablement cette perte du lien, de la capacité à aimer, à coopérer, à être solidaire. Le désir de posséder, de dominer, d'éradiquer ce qui l'en empêche, et la jouissance à détruire animent ses intentions, plus que le respect de l'autre et le respect de la vie.

2) la croyance en sa supériorité :

La culture narcissique nourrit la croyance en sa propre supériorité. L'ego surdimensionné de ce nouveau Narcisse considère ses croyances, ses idées, son mode de vie comme supérieur aux autres. Il croit détenir la vérité et méprise ceux qui sont différents de lui. Il impose une pensée unique "pour le bien" des autres : mythe de la croissance économique illimitée, croyance en la loi du marché, remplaçant l'éthique, les lois, l'humanisme et les droits fondamentaux, obligation d'être rentable, compétitif, fort, pour survivre face au mythe d'une guerre économique. Ce primat de l'idéologie sur le lien d'amour et l'ouverture à l'autre, à son ressenti et à celui de l'autre explique en partie les guerres, les divisions, au sein des familles et des communautés, la destruction du lien social et de la nature. L'autre est sensé s'adapter à lui.

3) La colonisation de l'esprit d'autrui :

Convaincu de sa supériorité, il tente de coloniser l'esprit d'autrui pour l'amener à penser, agir et vivre comme lui. Il utilise ses compétences sociales et relationnelles pour manipuler mentalement ou affectivement autrui, envahir son psychisme et sa vie. Il alterne séduction narcissique (flatter, offrir des cadeaux, une protection, faire rire, brandir des slogans tape à l'oeil, ...etc.) et violence psychologique, verbale, économique, sexuelle ou physique si l'autre lui résiste (dénigrement, disqualification, culpabilisation, mépris, messages paradoxaux, silence boudeur, accusation, reproche, insulte, critique de la personne, absence de valorisation d'autrui, de compliment, d'encouragement, ...etc). Une perversion relationnelle s'installe dans un tel contexte comme une nouvelle norme. Ce n'est plus le désir de rapprochement qui mobilise le nouveau Narcisse, mais le désir de blesser, d'affaiblir l'autre pour le dominer.

4) L'exploitation d'autrui :

Il colonise l'esprit, la vie d'autrui afin de s'approprier ses ressources, avec l'objectif de mettre un terme à son insatisfaction chronique. Mais, il a ignoré que les ressources humaines, terrestres sont limitées. De plus en plus de gens vivent un burnout, une dépression par non respect des limites de leur corps. La terre, chaque année, atteint de plus en plus tôt les limites de ce qu'elle peut donner. Le nombre des espèces sur terre décline à toute allure et la rupture de l'équilibre des écosystèmes est dramatique pour l'avenir de l'humanité.

5) La croyance que tout lui est dû :

Se sentant supérieur, comme l'enfant-roi, il considère que tout lui dû. L'autre doit le servir. Il lui semble normal qu'il bénéficie d'un traitement de faveur, de privilèges, de passe-droit. Ne respectant ni les lois naturelles, ni les lois humaines, il considère que tout lui dû, même s'il doit, pour cela, sacrifier des vies humaines, animales, les ressources terrestres sans respect.

6) L'envie et la prédation :

L'insatisfaction chronique est lié à l'envie. L'envie est le désir avide de s'approprier les ressources d'autrui. Il consomme les autres comme des marchandises à utiliser, puis à jeter. L'envie favorise des comportements prédateurs d'appropriation, d'exploitation. Le Narcisse est un prédateur humain qui considère autrui comme sa propriété, son objet. Contrairement aux autres prédateurs, il ne tue pas pour manger, mais pour nuire à autrui et satisfaire ses désirs. Des comportements pervers dominants font partie du quotidien dans la société moderne narcissique. Ils sont basés sur la prédation des ressources humaines et terrestres, l'intention hostile et vengeresse, le désir de détruire ce qui s'y oppose, de régner en maître sur ses territoires, en y imposant ses idéologies et des lois qui ne mettent pas de limites à son irrespect du vivant.

7) La croyance en la perfection :

Le sentiment de supériorité est lié à l'idée qu'il y a une perfection à atteindre. Il doit être parfait et impose aux autres ses règles afin d'établir son monde parfait, en fonction de ses seuls critères de perfection. Il refuse le droit à l'erreur, à la souffrance et à toute forme d'imperfection aux autres (notamment ses limites humaines). Son idée de la perfection le rend incapable de reconnaître la différence. L'autre doit s'adapter à lui, mais pas l'inverse. Il refuse de valoriser autrui et de reconnaître ses progrès, son importance. Seul le résultat compte, la rentabilité à court terme, l'action, sans souci d'éthique, d'humanité, de respect des lois protégeant la vie.

8) L'incapacité à aimer :

Envieux, avide, insatisfait, il utilise et manipule autrui, mais il ne le respecte. Il ne respecte pas sa personne, sa différence, ses sentiments, ses émotions, ses besoins, ses désirs propres et son autonomie. Cette incapacité vient d'un refus du manque et de la perte, d'une insensibilité acquise par la discipline, le contrôle excessif de soi (exigence d'être fort, de faire des efforts, d'être insensible et dur, d'agir vite), le refus de ressentir la souffrance.

9) L'absence d'empathie :

Egocentrique, le nouveau Narcisse ne peut se relier à l'autre dans le respect de sa différence.

Cette absence de lien le rend profondément seul, incapable de se relier au vivant en l'autre, à ses sensations, ses émotions, ses sentiments et ses besoins. Il n'écoute que lui-même. Il dispose d'une empathie cognitive pour dominer (décoder l'autre par l'observation), mais non d'une empathie émotionnelle pour se rapprocher de l'autre (partager son vécu).

10) L'arrogance et le mépris :

Le nouveau Narcisse fait ressentir à l'autre son mépris par ses comportements arrogants et manipulateurs (dévalorisation, culpabilisation, ...).

C'est le sentiment de supériorité, le déni de la différence et l'hostilité qui motive ces comportements.

B. Pour une culture de l'empathie : une utopie vitale

Le passage d'une culture narcissique à une culture de l'empathie est possible si nous reconnaissons le désastre que le narcissisme pervers de notre société occasionne : perte du lien à soi et aux autres, perte de la capacité d'être heureux, perte de la convivialité, accroissement de la violence relationnelle, accroissement des inégalités sociales, destruction des formes d'entraide, de solidarité, exclusion d'une partie toujours plus grande de la population, de plus en plus précarisée, destruction des ressources terrestres, de la chaîne alimentaire, de l'équilibre des écosystèmes, ...etc.

Ce constat alarmant peut nous amener à envisager une nouvelle utopie, vitale pour la survie de l'humanité et de tous les êtres : la culture de l'empathie.

Elle peut se caractériser par les points suivants :

1) Rétablir le lien avec soi et avec les autres : 

Cette culture peut revaloriser le lien avec soi, la reconnaissance et l'accueil des sensations, émotions, besoins fondamentaux, de la souffrance et de ses limites. L'individu narcissique rationnel a négligé son humanité au point de n'être qu'une machine à consommer et à produire. Rétablir le lien avec soi nécessite de sentir, habiter à nouveau son corps, le respecter, respecter ses limites, découvrir son intériorité, sa vie psychique et spirituelle. C'est ce lien avec son corps qui permet de se mettre en lien avec le corps et le ressenti de l'autre. La rencontre est alors possible. Le dialogue peut se construire.

2) Prendre du temps pour vivre :

Le nouveau Narcisse survit dans la course à l'argent et au profit. Prendre du temps pour vivre, c'est prendre le temps de s'arrêter, de ralentir, de sentir la vie en soi et autour de soi. C'est reconnaître son importance comme personne et non comme machine rentable à tout prix. Cette reconnaissance autorise le repos, la détente, le plaisir de s'amuser, d'échanger et de s'épanouir dans ce que l'on est, dans ce qui est important pour soi.

3) Revaloriser l'être et non l'avoir :

S'épanouir dans son être, c'est écouter ses besoins fondamentaux, son rythme vital. L'être est la dimension spirituelle, relationnelle et physiologique en soi, ouverte au monde, en lien avec l'univers et les autres êtres. Etre, c'est être avec l'autre, le rencontrer comme personne, sans ou au-delà de ses jugements. C'est cette dimension qui nous permet d'être doux et aimant envers nous-même et envers les autres.

4) Simplifier sa vie : 

Prendre du temps pour soi nécessite de simplifier sa vie. Nous pouvons faire le tri dans ce qui nous est vraiment nécessaire et laisser tomber la course à la consommation. Consommer moins, de qualité, local, boycotter les multinationales, trier les déchets permet de se recentrer sur l'essentiel. Cette simplicité rétablit en nous le bien-être, la capacité à être heureux, à préférer la qualité de la vie, des échanges et des partages avec autrui.

5) Rééquilibrer sa part masculine et féminine : 

La part masculine nous pousse à l'action, à l'assertivité, à l'affranchissement, à la stratégie et à la rationalité, alors que la part féminine nous pousse à la contemplation, à vivre dans l'être, dans la sensibilité, à l'écoute de nos émotions, de nos besoins et désirs. Notre part féminine nous rend capable de protéger la vie.  Equilibrer la part masculine et féminine en nous permet de retrouver la satisfaction et l'amour pour nous-même comme pour les autres, le lien avec le caractère sacré de toute chose sur terre. Le masculin en nous agit pour poser les limites, dire non à ce qui menace l'intégrité, la vie psychique et corporelle, la vie sur terre. Il permet au féminin, notre part sensible de s'épanouir et développer la vie en nous, autour de nous.

6) Développer l'empathie : 

L'empathie émotionnelle est la capacité à nous relier au vivant. C'est sentir le vécu, la souffrance, les émotions, les besoins de l'autre comme les nôtres. Cette empathie permet de rétablir des liens d'amour et de tendresse. Elle nous amène à respecter l'autre dans sa différence, mais aussi de respecter ses besoins, son autonomie. L'empathie nous aide à nous percevoir reliés aux autres, à la nature, à tous les êtres, dans une relation de respect, de liberté. Elle nous fait percevoir l'unité entre tous, cette énergie de vie présente en toute chose. Elle nous pousse à vivre l'unité dans la diversité des modes de vie, des croyances. Elle nous permet de résoudre les conflits dans la paix et de trouver des solutions qui respectent toutes les parties. L'empathie nous ouvre à la vie et nous permet d'accueillir le changement, de traverser le chaos. Elle favorise l'évolution des consciences et une transformation de celles-ci, vers plus de souplesse, de tolérance, d'humanité, de convivialité. Elle est vitale si nous voulons nous préparer aux conséquences du dérèglement climatique en terme de mouvements de populations menacées partout dans le monde.

7) L'éthique comme repère : 

La culture de l'empathie met l'éthique au centre de ses préoccupations, car elle est pour le respect, la protection de la vie et de tous les êtres. L'éthique met une limite à la compétition à tout prix, à la loi du plus fort et à sa cruauté. Elle revalorise l'entraide et la solidarité. L'éthique et la spiritualité sont les nouveaux points de repères d'une culture de l'empathie, axée sur la protection de la vie sur terre. L'éthique peut servir de base aux politiques afin de créer de nouvelles lois plus respectueuses de la vie, sanctionnant le non-respect de celle-ci, de l'humain, sanctionnant la manipulation qui atteint aux droits fondamentaux de l'être humain et à la vie sur terre. Ces lois doivent protéger les droits de l'homme, des animaux et les droits de la terre.

8) L'humain comme priorité : 

La priorité de cette culture est la revalorisation de l'humain et non la rentabilité, le profit : le respect des besoins physiologiques, relationnels et spirituels de chacun. Ce sont nos capacités humaines qui nous permettent d'aimer, de respecter l'autre dans sa différence et de ne pas laisser la culture narcissique détruire tout, les liens sociaux et la planète. Revaloriser l'humain et lui donner la priorité, c'est donner de la place à davantage de temps pour soi, pour la convivialité, l'échange et le partage. C'est reconnaître le droit à la souffrance, à la maladie, à la mort dans le respect, le droit à la souffrance au travail.

9) Une éducation à l'empathie :

La culture de l'empathie éduque les enfants au respect des liens sociaux et de la nature. Elle valorise d'abord le plaisir d'apprendre et d'être ensemble, plutôt que la compétition à tout prix. Elle éduque à être, à aimer, à être solidaire, à respecter la vie, la dimension féminine chez chacun. Elle donne le droit à l'erreur et à l'imperfection. Elle rend humain, apprend à grandir, à supporter le manque, à vivre simplement, plutôt que de formater les enfants à devenir des machines à jouir et à exploiter. Elle donne accès à la satisfaction des besoins spirituels autant que matériels : harmonie, paix, beauté, calme, contemplation, célébration, épanouissement de soi. Elle permet à l'enfant de vivre sa vie d'enfant, de jouer, d'explorer avec plaisir, de créer, de rêver, d'être en lien avec la nature pour se ressourcer, communier, s'ouvrir au monde, grandir dans des rapports de respect avec les autres êtres.

10) Une priorité au dialogue et à la reconnaissance de la différence : 

La culture de l'empathie favorise le lien, le dialogue, la reconnaissance de la différence, la réconciliation, la résolution pacifique des conflits plutôt que d'encourager la loi du plus fort, l'insensibilité, la dureté, la prédation, le culte de l'image et du paraître, le culte de l'argent.

Cette utopie est un enjeu vital, car nous avons épuisé les ressources de la planète et une partie toujours grandissante de l'humanité s'appauvrit alors qu'une autre vit dans l'excès de richesses. Cette situation risque de créer des réactions de violence partout dans le monde, mais aussi des déséquilibres écologiques tels que des catastrophes naturelles menaçant la survie même de l'humanité.

c