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Enfant victime d'un parent pervers narcissique : adulte victime ?

Le 28 mai 2019
Enfant victime d'un parent pervers narcissique : adulte victime ?
L'enfant d'un parent pervers narcissique souffre-t-il ? Qu'est-ce que le syndrome de Stockholm et le stress post-traumatique ? Comment l'enfant peut-il se développer ? Comment l'aider à ne pas devenir un adulte victime ?

A. L'enfant d'un parent pervers narcissique souffre-t-il ?

L'enfant d'un parent pervers narcissique souffre beaucoup dans sa relation avec un parent pervers narcissique, même s'il n'exprime pas de souffrance.

Il craint de révéler sa souffrance assez rapidement dans son enfance, car le parent pervers narcissique ne supporte ni l'expression du bonheur, ni l'expression de la douleur. En effet, il refuse à l'autre toute identité, toute expression d'une identité. L'autre doit être son double, une partie de lui-même indifférenciée.

L'enfant n'a pas droit à ressentir des sensations, des émotions, des besoins, une pensée propre et un désir propre. Cet enfant le comprend très tôt, car il est rejeté, maltraité psychologiquement et verbalement s'il s'exprime.

Il se retire en lui-même et se protège derrière un mur de silence, de perfection, derrière le rôle de l'enfant sage, effacé, pour éviter des micro-violences au quotidien.

C'est le syndrome de Stockholm qui le pousse à obtenir la protection de son agresseur en se soumettant, en se sacrifiant, en répondant aux besoins du parent pervers narcissique. Il y a inversion des rôles et l'enfant devient le parent du parent. Il protège, excuse son parent en attendant des jours meilleurs.

Il entre en état de survie, c'est-à-dire un état de stress post-traumatique par accumulation des micro-violences quotidiennes dont il est témoin (le parent victime ou un autre enfant est la cible) ou victime.

Ce stress post-traumatique explique pourquoi cet enfant semble ailleurs, rêveur, absent, pas concentré, évitant, voire phobique, pourquoi il manifeste une souffrance sous la forme de cauchemars, insomnies, troubles alimentaires, troubles de la mémoire et de la concentration, réactions de sursaut, colères inappropriées ou réactions d'auto-sabotage, addictions, symptômes psycho-somatiques d'angoisse, comportements contrôlants ou hypercontrôlés, perfectionnisme, rituels, discours ou émotions négatives sur lui-même sur le monde, absence de confiance en soi, perte d'intérêt pour l'école, pour les loisirs, pour les relations sociales, pouvant aller jusqu'à la dépression, la dissociation ou la dépersonnalisation.

B. Comment l'enfant victime d'un pervers narcissique se développe-t-il ?

L'enfant d'un parent pervers narcissique est victime de micro-violences au quotidien qui portent atteinte au développement de son identité, de son autonomie, à sa santé physique et mentale.

Ce parent ne peut et ne veut pas satisfaire les besoins fondamentaux de son enfant afin de maintenir son emprise sur lui.

Objet de son parent, l'enfant ne peut penser par lui-même et devient le porte-parole du parent, comme la victime d'une secte (aliénation parentale parfois).

Son intelligence créatrice, est bloquée par son angoisse de mort imminente (stress post-traumatique) face aux micro-violences.

Il ne peut développer une pensée hypothético-déductive, un esprit critique, car il ne peut exister, être lui-même.

Ce parent ne peut et ne veut pas lui enseigner les valeurs humaines indispensables pour se socialiser, pour vivre en relation de respect et de bienveillance avec lui-même et avec autrui.

L'enfant risque de s'identifier à son parent pervers narcissique ou d'être le bouc émissaire de celui-ci.

Dans ce cas, il peut aussi devenir le bouc émissaire d'autres personnes, d'autres enfants qui perçoivent dans son comportement l'état dissociatif, l'état d'objet, l'absence de confiance en soi.

Les prédateurs humains peuvent le repérer comme proie facile.

Muriel Salmona, psychiatre traumatologue, explique ainsi pourquoi les enfants victimes d'abus sexuels dans l'enfance sont aussi victimes à l'âge adulte. Cette répétition s'explique, non pas comme réaction de masochisme, mais comme séquelle du stress post-traumatique à l'adolescence, puis à l'âge adulte.

Ceci est vrai aussi pour les enfants d'un parent pervers narcissique abusés narcissiquement ou parfois sexuellement par celui-ci.

L'enfant ne développe pas la confiance en soi, souffre d'un trouble de l'attachement de type anxieux qui l'amène en grandissant à vivre des relations de dépendance affective ou de co-dépendance. Ou bien, il adopte un type d'attachement évitant qui ne lui permet pas d'aimer et d'être aimé.

En grandissant, l'enfant victime est centré sur l'autre (conditionnement du parent PN), sur la satisfaction des besoins de l'autre à son détriment, soit parce qu'il est objet, soit parce qu'il cherche à sauver l'autre pour obtenir la satisfaction de ses besoins frustrés dans l'enfance.

Il risque d'entrer dans des relations de jeux de pouvoir où il accepte le pouvoir de l'autre sur lui, ou au contraire, impose à l'autre son pouvoir. 

Il entre dans le triangle de Karpman (triangle des jeux de pouvoir et de manipulation en analyse transactionnelle) passant de façon répétitive de Victime à Sauveur ou Persécuteur dans des relations marquées par l'addiction affective, avec l'aspect destructeur que comportent ces relations fusionnelles, sans liberté ni respect. Il adopte l'identité de victime à défaut d'avoir une identité enracinée dans la connexion à ses sensations, à ses émotions, à ses besoins et à son désir.

C. Comment aider cet enfant à ne pas devenir adulte victime ?

Si on est parent victime, aider son enfant revient à quitter le parent pervers narcissique.

La fuite permet au parent victime de se reconstruire, de récupérer des forces pour rester en mesure de protéger son enfant, mais aussi pour donner à celui-ci un modèle de parent qui se respecte et est libre.

Ecouter cet enfant dans sa souffrance et sa douleur l'aide à construire son identité, même en cachette. 

L'enfant développe alors en cachette du parent PN l'écoute de ses émotions, de ses besoins, son esprit critique et son intelligence créatrice.

Il peut vivre avec l'autre parent un attachement sécurisant, favorisant son développement et son autonomie.

Le parent en reconstruction peut lui donner accès à des soins (refusés par le parent PN niant la souffrance de son enfant, surtout la souffrance psychologique), lui donner accès des activités qu'il aime, à des relations sociales positives (refusées par le parent PN isolant son enfant pour le dominer).

Il peut l'encourager à exprimer ses émotions, ses besoins dans un cadre sécurisant, ce qui l'aide à se respecter, à aimer et à s'aimer. Ceci lui permet de ne plus être victime de relations destructrices et malveillantes.

Il peut lui apprendre les valeurs humaines et le respect de soi comme de l'autre. 

Le parent en reconstruction retrouve ses capacités de confiance en soi, d'estime de soi et peut ainsi mettre des limites justes à son enfant, condition indispensable pour un développement sécurisant.

Sans règles stables, l'enfant ne peut s'affirmer respectueusement, ou respecter le cadre. Il risque alors de manipuler à son tour et d'entrer dans des jeux de pouvoir destructeurs.

Le parent en reconstruction récupère l'énergie nécessaire pour s'aimer et aimer son enfant, lui dire des mots d'amour, lui exprimer des câlins, le rassurer, ...etc.

L'apprentissage de la contre-manipulation permet de se protéger : apprendre à créer en lui un espace intérieur de sécurité (visualisations, paroles positives, aimantes), rester flou, réagir dans sa tête pour éviter les micro-violences, ...etc.

Ces comportements du parent en reconstruction favorisent ainsi chez l'enfant ou l'adolescent les conditions positives pour devenir un adulte autonome, responsable de soi, de ses émotions, de ses besoins, capable de repérer la violence, de s'en protéger, de s'affirmer respectueusement et de ne pas être un adulte victime.

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