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Le pervers narcissique et sa victime : Le syndrome de Stockholm. Mieux le comprendre pour s'en libérer

Le 23 août 2017
Le pervers narcissique et sa victime : Le syndrome de Stockholm. Mieux le comprendre pour s'en libérer
Le syndrome de Stockholm est décrit dans cet article afin de mieux comprendre la relation d'emprise entre la victime et le pervers narcissique. Cette compréhension favorise la libération de ce trauma.

Christine Calonne est psychologue spécialisée dans l'aide aux victimes de manipulateurs dont les plus dangereux sont les pervers narcissiques. Dans son livre sorti en 2016 "Les pervers narcissiques, 100 questions/réponses" (éd. Ellipses), elle décrit la personnalité perverse narcissique et le lien que cette personnalité établit avec la victime. C'est le syndrome de Stockholm. 

Qui est le pervers narcissique ?

Le pervers narcissique est motivé par une jouissance à détruire l'identité de sa proie ou l'existence même de celle-ci. Il y arrive en établissant d'abord une relation de séduction narcissique, séduction qui ne vise qu'à jeter la victime dans ses filets pour la mettre sous emprise. La séduction narcissique est une préoccupation excessive de son image au point de séduire l'autre juste pour satisfaire son propre ego surdimensionné, son égocentrisme. Le pervers narcissique se montre sous un jour sympathique, protecteur, charismatique, charmeur, blagueur, pour y arriver, mais tout est calculé. Il trouve les points communs et la faille de sa proie en l'observant dans cette première phase de la relation. Ensuite, il domine la victime dans l'emprise par son isolement, sa manipulation, ses agressions : Dénigrement, culpabilisation, moqueries, humiliations, insultes, menaces, cris, coups parfois, absence d'intérêt, d'attention, d'aide, positionnement en victime, persuasion coercitive, déni, absence d'empathie, refus de s'excuser sauf par intérêt, privation affective, ...

Qu'est-ce que le syndrome de Stockholm ?

Une fois séduite et mise sous emprise, la victime commence à avoir peur de son agresseur et cette peur s'accroît au point qu'elle craint pour sa vie. Elle se fige de plus en plus dans un état de choc face aux agressions perverses qui sont avec le temps de plus en plus violentes. Le syndrome de Stockholm s'installe à ce moment. Ce syndrome a été décrit à propos d'employés de banque pris en otage à Stockholm. Une fois libérés, ils ont pris la défense de leur agresseur. Ceci s'explique par la peur éprouvée. Celle-ci les a poussés à excuser, protéger, éprouver de l'empathie pour leur agresseur afin de survivre dans une situation où ils redoutaient de mourir. De même, dans la relation avec le pervers narcissique, la victime craint pour sa vie, car celui-ci lui fait sentir par son comportement verbal et non verbal, son absence totale d'empathie et de culpabilité, par ses actes qu'il désire sa mort psychique et/ou physique et qu'il en éprouve une jouissance. Cela se traduit par des agressions perverses récurrentes, souvent par surprise afin de mieux déstabiliser la proie. La victime idéalise son agresseur d'une part, parce que celui-ci se montre sous un jour séducteur, protecteur, charismatique, en soufflant le chaud et le froid, mais aussi, parce qu'elle est dans le refus de voir les agressions pour supporter la situation d'emprise où elle est piégée. Le pervers narcissique lui fait croire qu'elle lui est indispensable afin de renforcer sa dépendance. Comme le pervers ne demande pas, il utilise l'autre et l'exploite en utilisant ses valeurs morales, sa gentillesse, son empathie, sa générosité, son besoin d'amour ou de reconnaissance à son profit. La victime excuse d'autant plus facilement son agresseur qu'il se positionne en victime : Victime de son enfance, de ses ex, de ses collègues, ... Tout est toujours de la faute des autres. La victime, avec ses qualités, tente alors de protéger son bourreau et peut adopter certains comportements de celui-ci pour y arriver : Mentir, agresser verbalement, ou non verbalement, se moquer, ignorer l'autre, utiliser l'autre, souffler le chaud et le froid, utiliser un langage paradoxal, ... A force d'être privée affectivement par le pervers qui ne donne rien et prend tout, vampirisant l'énergie de l'autre, la victime se vide de son énergie, de sa joie de vivre, de son identité et devient dépendante. Plus, sa dépendance s'accroît, plus le syndrome de Stockholm s'aggrave : Elle idéalise d'autant plus l'agresseur qu'il devient sa seule ressource relationnelle, financière, affective, ... La victime peut en arriver à contenter son agresseur pour avoir la paix et par peur des représailles, car le pervers narcissique ne supporte pas le non, la différence, la vie en l'autre qu'elle se manifeste d'une façon ou d'une autre. Mais, la violence du pervers narcissique ne peut être apaisée, car il a besoin de faire souffrir l'autre pour survivre et nier ses conflits intérieurs. Il ne trouve de soulagement que lorsque sa proie est au plus bas. Il a atteint son but quand elle se suicide. L'autre est pour lui l'ennemi à abattre, même s'il s'agit d'un enfant, surtout s'il s'oppose, démasque le parent, affirme une différence. la victime dans le syndrome de Stockholm idéalise son agresseur pour se déconnecter du traumatisme qui lui est infligé et ne pas ressentir une souffrance insupportable. Cet état de choc la déconnecte d'elle-même, ce qui explique la passivité, la dépendance de plus en plus profonde de la victime, l'absence de réaction émotionnelle de la victime qui s'enfonce dans la dépression à force de ne plus rien ressentir.

Comment s'en sortir ?

Comprendre le syndrome de Stockholm permet de comprendre le fonctionnement du pervers narcissique et de se libérer de son emprise. Si la victime perçoit le double jeu de son agresseur, recontacte sa peur et le vécu traumatique dont elle s'est déconnectée pour survivre, elle peut cesser d'idéaliser le pervers narcissique et se libérer de son traumatisme. Accueillir ses sensations, ses émotions, sa douleur avec l'empathie d'une personne bienveillante va lui permettre de se rétablir et de retrouver les ressources en elle pour fuir. En se reconnectant à ses besoins, elle peut reconstruire son identité et reprendre le chemin vers elle-même, vers son épanouissement et le bonheur. Se reconstruire passe par la reconnexion à la vie, en soi, autour de soi, l'énergie libérée de ses émotions reconnues et exprimées.

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